<< - Et ce sera quoi, cette nouvelle option ?
- Eh bien, je vais t'apprendre à obtenir ce que tu veux au quotidien. Si tu y parviens, alors tu n'auras plus besoin de te poser en victime. [...] Ce n'était qu'une anecdote, mais tu m'as scié hier quand tu m'as raconté que ton manque de chance te poursuivait jusque dans les actes insignifiants de la vie quotidienne. Tu m'as dit que lorsque tu achetais une baguette à la boulangerie, tu héritais régulièrement d'une baguette trop cuite alors que tu l'aimes bien blanche !
- C'est exact.
- Mais c'est n'importe quoi ! Ca veut dire que tu n'es même pas capable de dire : "Non, celle-ci est trop cuite, je voudrais celle d'à-côté."
- Mais si, j'en suis capable ! C'est juste que je ne veux pas embêter la boulangère alors qu'elle a plein de clients qui attendent. C'est tou.
- Mais ça ne lui prendrait que deux secondes ! Tu préfère manger un pain trop cuit, que tu n'aimes pas, plutôt que de prendre deux secondes de sont temps ! Non, la vérité, c'est que tu n'oses pas lui dire. Tu as peur de la contrarier pour obtenir ce que tu veux. Tu as peur qu'elle te trouve exigeant, désagréable, et qu'elle ne t'aime pas. Et tu as peur que les autres clients soient agacés, s'impatientent.
- C'est possible...
- Sur ton lit de mort, tu pourras dire : "Je n'ai rien fait de ma vie, je n'air rien eu de ce que je voulais, mais tout le monde m'a trouvé gentil." Génial. >>
Extrait de " Les dieux voyagent toujours incognito", de Laurent Gounelle (2010).
Lorsque je l'ai lu, je me suis reconnue : j'avais agi de la même façon le jour même.
Ce jour-là (hier), pendant ma pause de trente minutes, au travail, je me suis rendue dans la boutique Beauty Success, dans la rue pas loin de la boulangerie où je travaille.
J'y venais pour acheter un vernis à ongle transparent. Tout simple. Pas cher. Pour avoir l'air un minimum soignée au travail, qui ne me permet pas d'en porter (sinon il s'écaille au bout d'un jour, et cela fait négligé lorsque je saisis les produits dans les vitrines ou rend la monnaie aux clients).
Bref. Un vernis transparent.
Je tourne autour des petits îlots de produits, trouve l'étagère à vernis, trouve mon vernis transparent. Il coûte 6,95 €. Je trouve cela cher pour un vernis incolore...
A la caisse, je lui demande si la réduction pour les commerçants s'applique. Elle m'indique que non, car c'est un produit de leur marque. Mais si je veux, il y a le même produit sous la marque O.P.I ? D'accord, oui, si avec la réduction cela fait moins cher...
Elle va le chercher, le scanne à la caisse : 16€ et des poussières. Je n'en reviens pas. Plus cher que le plus cher de nos menus à la boulangerie (10,90€).
Elle tente d'appliquer la réduction commerçant. Je vois le prix changer : 11,58€, puis 13,86€.
Ai-je 10% ou 20% de réduction ? Bonne question. Avez-vous la carte commerçant ? Non mais j'ai mon t-shirt estampillé du logo de ma boulangerie. Ah, sans carte, je ne peux rien faire, désolée, en plus ma manager est absente, et il y a une manipulation compliquée à faire...
Il me reste 10 minutes avant de retourner travailler. Bon, écoutez, ce n'est pas grave, je le prends sans réduction.
Ma carte bleue glissée dans la fente du terminal de paiement. Code PIN. Débit de 16€ et des poussières. Bip ! Paiement accepté.
Le flacon de vernis glissé dans la poche de mon sac à main.
16€ et des poussières... alors que j'avais la même chose à 6,95€, que je trouvais cher.
Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi...
Le soir, je débute ce fameux livre et tombe sur ce fameux passage.
Car oui, je suis exactement comme ce jeune narrateur dans le livre :
<< Je ne veux pas devenir un emmerdeur ! D'ailleurs, je ne supporte pas les emmerdeurs ! J'ai en horreur les gens trop exigeants qui font suer tout le monde. Je n'ai pas envie de leur ressember ! >>
C'est ça : pour travailler en boulangerie, j'ai des clients "emmerdeurs" que je ne supporte pas : ils font les difficiles pour pas grand-chose. Je ne les aime pas.
Mais eux ne le savent pas. Et ils sont tranquilles, car ils obtiennent ce qu'ils veulent sans savoir ou sans se soucier de ce que je pense d'eux.
La suite du chapitre donne la solution à la façon d'agir en victime du narrateur et de moi-même :
<< Dans les jours qui viennent, tu vas visiter au moins trois boulangeries par jour et obtenir juste deux changements par rapport à ce que l'on te donnera. [...] Et rappelle-toi que tu peux être exigeant tout en étant sympa. Il n'est pas nécessaire d'être désagréable. >>
Cette dernière phrase est si vraie, aussi ... J'ai plein de clients qui sont comme cela.
Je vais donc faire pareil. Pas en tout point mais pareil :
Comme je dépense peu, et que les magasins dans lesquels je me rends essentiellement sont les supermarchés (donc libre-service), je vais modifier un peu le remède :
Dans chaque petit commerce que je visiterai, demandant un service par un employé, je demanderai deux changements : le premier, un changement du produit, et le second, une altération sur ce produit.
Ceci commence maintenant.
Jusqu'à ce que cela devienne naturel.
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